c) L'art corporel pour fuir son corps

L’art corporel est, en effet, très rependu dans notre société. Alors qu’il était autrefois réservé aux marginaux, ou aux tribus primitives, le dessin corporel est aujourd’hui un ornement assez commun.

En occident, on a cessé de le considérer comme un rituel sauvage et inapproprié principalement pendant les 30 glorieuses avec l’expansion de photos d’artistes ou de publicité dans les magazines de mode où les mannequins posaient nus, le corps couverts de dessins, tels des toiles.

Les dessins corporels peuvent être définitifs ou bien éphémères  et cet engouement s’explique par différentes raisons. En effet on peut se demander si cela est du à un simple fait de mode, ou encore l’expression du désir d’inscrire son corps dans un groupe ou dans une tradition grâce à un symbole.  Que ce soit l’art du camouflage ou du tatouage, l’homme utilise cette pratique pour communiquer son appartenance à un groupe, faire passer un message tel que la bravoure ou encore la révolte. Ces dessins sur le corps ont un aspect symbolique puissant : on peut considérer cet art comme l’esprit inscrit dans le corps.

Ainsi, les individus peuvent se faire tatouer pour des multitudes de raisons différentes. Les femmes le veulent glamour et féminin, tandis que les hommes désirent faire paraître une image plus imposante.


   En Europe, on remarque principalement deux groupes sociaux qui sont traditionnellement attirées par l’art corporel : les prisonniers et les marins. Ce sont deux groupes qui vivent en micro société et donc isolés. On peut s’interroger sur le fait qu’il peut y avoir un lien direct entre l’isolation en micro société et la décoration cutanée. De plus, les polynésiens qui sont parmi les premiers à avoir maitriser parfaitement l’art corporel, étaient un peuple alors isolé, une nation constituée de plusieurs îles, qui engendrait forcément une certaine isolation que l’on peut comparer à celle du marin à bord de son navire ou du prisonnier dans son pénitencier.

 

Mais ces groupes ne sont pas les seuls à avoir adopter cet art. En effet, les individus peuvent être, à un certain moment dans leur vie, marqués par un événement, une phase importante qu’ils désirent marquer pour ne pas oublier. Ils peuvent alors faire le choix de le graver sur leur peau. Ainsi, un peu comme les anciens polynésiens qui se faisaient tatouer chaque épisode de leur vie, les sujets inscrivent leur évolution personnelle. Cela peut représenter une sorte d’aide et un talisman aux pouvoirs magiques  pour celui qui les portent. Par exemple, les individus peuvent puiser leur volonté dans un tatouage qui représente une valeur importante pour eux, pour ne pas dévier de cette valeur.

  

   Un jeune marin tatoué par Doc Forbes,artiste tatoueur des années 50 Par ailleurs, le dessin est la face cachée des nombreuses motivations qui poussent à se faire un tatouage car c’est beaucoup plus qu’une image collée, c’est un symbole inscrit sur la peau. Mais c’est bien différent d’une image car il bouge, il prend vie. Ce mouvement du dessin tel que les peintures de guerre était utilisé par les combattants pour surprendre l’adversaire et le dominer. Cela donnait aux individus une sorte de force hypnotique.

    D’autre part, certaines personnes cherchent à représenter sur leur peau un motif qu’ils ressentent inconsciemment comme une part d’eux même, une part de leur personnalité cachée, une sorte de double. C’est pourquoi certains demandent par exemple des lézards à tête humaine, une tête de mort entourée de flammes, un guerrier samouraï ou encore beaucoup d’autres motifs émergeant de l’inconscient.

  Parfois, l’art corporel peut aussi être utilisé comme une auto punition. Il s’agit d’une compensation instinctive au regret d’avoir fait la bêtise, et vivre avec le sentiment de culpabilité est douloureux. L’auto punition permet donc de libérer ce sentiment de culpabilité. Elle peut prendre la forme du tatouage, dont on peut comparer la douleur ressentie par le travail de l’aiguille qui agit comme une confession, en libérant l’individu.

  Si la pratique du tatouage s’est largement répandue en occident grâce aux nouveautés de la photographie et de la mode, les motivations des individus ont toujours été multiples et personnelles. Le dessin corporel cherche à faire passé un message, qui peut indiquer aussi bien une classe sociale qu’une valeur primordiale pour l’individu porteur du tatouage. Selon l’époque et la société, sa valeur est plus ou moins reconnue et valorisée.

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