a) L'origine de l'art corporel

    L’art corporel a des origines très lointaines qui sont difficiles à retracer. Car bien qu’il s’agisse d’une pratique ancestrale, on ne peut situer ces origines avec exactitude dans le temps. Cependant, les premiers dessins corporels peuvent être situés à la préhistoire. En 1991, dans les alpes italiennes, le corps momifié d’un chasseur néolithique a été découvert piégé dans un glacier. Il datait de 5300 av.J-C. Sur sa peau la présence de petits signes très stylisés et schématiques ont été relevés. Il a aussi été établi que ces tatouages avaient été pratiqués dans un but médical. C’est le plus vieil exemple de tatouage. Des recherches archéologiques moins récentes pensaient avoir découvert les premiers tatouages avec une momie de 2200 av. J.C. en Egypte. Son corps était entièrement tatoué de motifs décoratifs mais ayant un but plutôt sacré et religieux.

Tatouage sur le bras d'une momie egyptienne

Il est alors difficile de situer précisément le début de cette pratique ;

Mais c’est dans les peuples dits « primitifs » que l’art corporel s’est le plus développé. En effet, une légende Maori nous illustre comment cet art a fait son apparition dans le monde il y a des milliers d’années de cela. Mais, plus concrètement, des fouilles archéologiques ont permis de découvrir les réelles origines de ce vêtement incarné. La Polynésie et la Nouvelle Zélande semblent, en effet, en être le berceau bien que la culture japonaise le pratiquait déjà 5000 ans avant Jésus-Christ.

 

    D’après la légende de Moko, une légende provenant de la mythologie Maori, la pratique du tatouage est née d’une histoire d’amour entre un jeune guerrier maori qui s’appelait Mataora (ce qui signifie le « visage de la vitalité) et une princesse au nom de Niwareka. Elle appartenait au clan des Turehu vivant dans le monde des ténèbres, celui des esprits appelés Rarohenga. Alors qu’un jour, Niwareka monta sur le monde des hommes avec un groupe de danseuses, elle y rencontra le jeune maori. Celui ci en tomba immédiatement amoureux et la voulu pour femme.

Ils étaient mariés depuis un certain temps,  quand la jalousie de Mataora devint telle qu’il la frappa. La princesse s’enfuit aussitôt retrouver les siens à Rarohenga. La culpabilité et le chagrin de Mataora le poussèrent à partir à la recherche de son épouse et à se peindre le visage pour la reconquérir. Arrivé au royaume des ténèbres après un long voyage rempli d’embuches Niwareka lui accorda son pardon. Il vit alors Uetonga, le père de sa bien-aimée, en train de tatouer une personne. Mais ce n’était pas de la simple peinture appliquée sur la peau. Il découvrit que le tatouage était effectué par ponction, en piquant la peau, et que ce n’était pas qu’un marquage. Uetonga lui expliqua que c’était leur façon de tatouer dans le monde du dessous puis essuya avec sa main tous les desseins peint sur le visage de Mataora. Tous se mirent à rire en voyant ses desseins s’effacer si facilement. Le guerrier déclara « vous avez gâchez mon tatouage, il faut maintenant le refaire correctement. »  Alors le chef du clan appela ceux qui concevaient les motifs de tatouage et leur dit de les dessiner sur le visage du jeune homme. Il commença ensuite le tatouage en perçant avec son outil le long des lignes tracées. Mataora connu alors la douleur intense d’être tatoué. Le père de Niwareka lui proposa de lui enseigner l’art du tatouage (Moko). Il fallut de longues années à Mataora pour maîtriser pleinement cet art et quand ce fut le cas, il retourna avec sa femme dans le monde des humain en y rapportant Ta Moko, l’art du tatouage maori.

 Le guerrier Mataora revenu de son apprentissage du tatouage dans la légende de Moko

     Cependant, nous ne nous basons pas uniquement sur la mythologie Maori pour connaître le berceau de l’art du tatouage. Il semblerait que la Nouvelle-Zélande doit cet art à la culture polynésienne orientale, avec leur Tatau. Ce tatouage indiquait souvent l’appartenance à un rang social élevé. Le corps pouvait être recouvert presque entièrement et les motifs utilisés de façon symbolique étaient des références aux éléments naturels: soleil, lune, végétation, animaux, points cardinaux, comètes, figures humaines… Mais cela pouvait aussi être des figures géométriques évoquant la vie sociale: les combats, les armes de guerre, les sacrifices humains.

La transmission de la pratique du tatouage entre ces différentes cultures s’explique par les voyages de certains indigènes entre les différentes îles. Les Maori ont alors développé leur propre style de tatouage tribal. Historiquement, le tatouage Maori provient donc du traditionnel polynésien.

En effet des ciseaux en os utilisés pour le tatouage ont été retrouvés dans des sites archéologiques de différentes époques en Nouvelle-Zélande, tout comme dans des sites de l’ancienne Polynésie Est.

D’ailleurs, sur les sites les plus anciens de Nouvelle-Zélande, des ciseaux aux lames plus larges ont été retrouvés, ce qui pourrait confirmer la théorie selon laquelle, dans des époques plus reculées, les motifs favoris de tatouage étaient rectilignes.

Le Moko est donc un tatouage complet du visage et tous les maoris de haut rang étaient tatoués. Le Moko rendait le guerrier séduisant pour les femmes. Au contraire, ceux qui n’étaient pas tatoués étaient considérés comme des personnes sans aucun statut social.

Le tatouage commençait dès l’adolescence et était accompagné de nombreuses cérémonies rituelles. L’instrument employé était donc un ciseau en os, avec un bord soit en dents de scie, soit très droit et très tranchant. Lors da la première opération du tatouage, il fallait faire de profondes entailles dans la peau. Il faillait ensuite trempé le ciseau dans un pigment de suie. Il y avait le choix entre deux sortes: soit la gomme brulée d’un arbre indigène appelé Kauri et qui est un grand conifère des îles du Nord, soit la suie des chenilles brulées. Ce pigment était alors martelé dans la peau. Cette opération était non seulement longue, mais aussi douloureuse.

Ainsi on peut considérer la Polynésie et la Nouvelle-Zélande comme étant le berceau du dessin corporel.

  Le rituel du tatouage Maori 

   Mais l’art corporel s’est aussi développé très tôt dans la culture japonaise. Il a d’ailleurs évolué dans le temps parallèlement à la société du japon.

En effet, d’après les recherches historiques, la population pionnière portait déjà des tatouages faciaux (de-10 000 à -300 av. J.C). Ils représentaient le symbole d’appartenance à un clan ou à un métier précis. Ainsi, comme les maoris, cet art était un moyen de représenter le statut social d’un individu. Les femmes se faisaient aussi tatouer : une fois mariée, un tatouage spécifique indiquait leur situation familiale.

Un extrait du Kojiki

   Aux IIIème et IVème siècle, cependant, le tatouage n’a plus uniquement une connotation sociale, mais aussi religieuse. On parle de pêcheurs japonais au corps entièrement tatoués. Mais la culture chinoise, qui influence l’aristocratie japonaise voit d’un mauvais œil l’art corporel. Elle considère cette pratique comme barbare. C’est pourquoi au VIIème siècle, un ouvrage japonais, le kojiki, sépare l’art du tatouage en deux catégories: l’un noble et réservé aux personnes illustres, l’autre dégradant, réservé aux criminels.

C’est l’arrivée du bouddhisme qui explique le changement radical de la perception de cet art au japon. Dés lors, le tatouage prend une connotation négative et désigne des groupes sociaux en marge et devient même une peine judiciaire. De plus, les geisha de rang inférieur deviennent adeptes de cette pratique tandis les geisha de rang supérieur la dédaignent.

La technique japonaise du tatouage est différente de celle maori. On utilise de fines aiguilles, de l’encre de charbon ainsi que des pigments de couleur. L’outil employé est une sorte de manche en pointe, en bambou au bout du quel sont insérées les aiguilles.

Une Geisha tatouée

 Si l’art corporel est une pratique ancestrale connue de différentes civilisations à travers le monde, nous avons pu nous apercevoir que cet art ne signifie pas systématiquement la même chose selon les lieux et les époques. Car le tatouage n’appartient pas qu’aux peuples « primitifs ». En effet, grâce aux voyages des explorateurs ou encore des conquêrants à partir du XIVéme siècle que cet art va progressivement se développer d'abord en Europe orientale, avant d’atteindre la partie occidentale, 

  

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